ALAIN MIRAN
FOCUS SUR UN PASSIONNÉ DE DENIM
Alain Miran est styliste dans le denim depuis 1983. Il a fait ses armes auprès de Jean Elbaz
puis il a travaillé pour toutes les marques qui ont compté dans le petit monde du denim. Parallèlement,
il a fondé Blacksite 66, un label qui lui ressemble. Il nous parle de sa passion pour la toile et la confection.
Parlez-nous de vos débuts dans le denim.
J’ai commencé en 1983, au côté de Jean Elbaz qui m’a initié au denim.
J’ai fait mes armes chez Casamance Express, une marque des années
80 a l’origine du « surteint », repris par Cimarron. Depuis, j’ai multiplié les
collaborations comme styliste avec toutes les marques qui ont compté dans
le petit monde du jean.
Qu’est-ce qui a changé dans la façon de travailler le denim ?
En soi, rien. La créativité, l’inventivité et l’opportunisme sont toujours les clés du succès.
Pour vous, quels sont les temples du denim dans le monde ?
Jean Shop à New York, G-Star à Paris et Evisu à Tokyo.
Qu’est-ce qui détermine pour vous un jean d’exception ?
La toile, les finitions, les fils de couture, l’aspect « real » et bien sûr la coupe.
Qui a révolutionné le denim et pourquoi ?
Si je mets à part Levi Strauss qui fût le premier à utiliser la toile de Gênes ou
de Nîmes, je dirais François Girbaud car il est l’inventeur du denim moderne,
Jean Elbaz, pour avoir rendu le jean ludique et Alain Marza pour le concept RAW
denim. Je n’ai cité que des Français, mais ce n’est pas du chauvinisme.
Quels sont les coupes, les traitements, les toiles les plus en vogue ?
Pour la femme, les fits ska très près de la jambe, l’inspiration Spandau Ballet et
l’éternel fit Marilyne, tout ceci avec des tailles « mid », des faux culs et des
fausses entrejambes. Au niveau des finitions, les deep bleus et les bleach côtoient
les décorations façon plantes grimpantes et les impressions camouflage sur
l’extérieur ou l’intérieur. Pour l’homme, les coupes droites, les bootcut et les
skas s’inspirent des « pêcheurs du bassin d’Arcachon ». Très bleus ou très
bleach, sans cassures mais avec un soin particulier à l’aspect « vrai ». La toile
est légèrement jaunie dans la couleur, les finitions sont rêches, très régressives,
comme lavées chez maman.
Où en est-on du denim green ?
Après le coton incroyablement anti green, se greffe le problème de la teinture indigo
et du délavage ! Nous essayons, c’est un début !

Quels pays dominent le marché du denim ?
Les Etats-Unis avec de nombreuses marques opportunistes, et le Japon, grâce au raffinement
de ses toiles. En Europe, la Hollande possède une rigueur dans l’industrialisation très
intéressante, l’Italie, de vrais talents pour les finitions, et la France des docteurs en denim.
Les chaînes comme Uniqlo, Zara, H&M ont-elles une influence néfaste sur la
consommation des marques de denim moyen haut de gamme ?
Non, considérer une concurrence comme néfaste est voir le monde par le mauvais coté
de la lorgnette ! Cette concurrence très qualitative de la distribution succursaliste remet
en place les « créateurs de denim » qui ont la grosse tête. Cela les oblige à se remettre
au travail et à être créatifs.
Quelles sont vos sources d’inspiration ?
La rue, la couture, les voyages (ce qui forme le styliste), l’histoire ou plutôt l’épopée du jean et surtout la toile denim.
Quels sont vos jeans cultes et pourquoi ?
Après le 501, le Pedal Pusher de M+F Girbaud, car il a été le premier à vraiment conjuguer
mode et denim, et le Cody de Chipie qui a été un best-seller de la grosse production. Enfin,
le Elwood de G-Star pour son hybridation et sa représentation du jean moderne.