Gaspard YURKIEVICH

 

GASPARD YURKIEVICH 

 

GASPARD YURKIEVICH EST UN DES CREATEURS LES PLUS PROMETTEUR DE SA GENERATION. PASSIONNE DE CHAUSSURES, IL NOUS DEVOILE SON PARCOURS ET SES PROCESSUS CREATIFS.

 

 


Comment êtes-vous tombé dans la chaussure ?

J’ai commencé à dessiner des chaussures à l’âge de cinq ou six ans. Je gribouillais des pages entières de chaussure de profil. Ma fascination pour la chaussure a commencé très tôt. Dès que j’ai su compter jusqu’à 100, je passais des heures devant le dressing de ma sœur à compter ses accessoires. Mes parents étaient des intellectuels rien ne me prédestinait à devenir créateur de mode, même si l’esthétique faisait partie de notre histoire familiale. J’ai très vite mesuré l’importance du glamour dans la mode et c’est ce qui m’a  donné envie de travailler dans ce milieu .

 Quelles sont vos sources d’inspiration ?

J’ai toujours été fan du cinéma holywoodien et des comédies musicales des années 30 à 50.  Mon père était critique d’art et j’ai vu énormément de films et d’expos. Au delà de la  mode, j’adore le design et l’architecture. J’ai trouvé l’inspiration de ma dernière collection dans le ciel californien. J’ai établi une palette de couleur dans les roses, les perles , les sables et les turquoises. J’ai travaillé sur des cuirs glacés , des vernis et des veaux velours. J’aime mixer les matières et les coloris. La ganse est devenue ma signature. Au départ, je l’utilisais en doré puis maintenant dans des coloris tons sur tons.

 

Vous inspirez vous du passé ?

C’est important d’avoir des documents de référence surtout pour les formes. J’utilise de vieux catalogues américains de VPC des années 30 ou des dessins que mon père m’a déniché aux puces de vanvres. Je ne reproduis jamais un produit à l’identique car les chaussures doivent évoluer avec leur époque. Une photo mal prise peut apporter une interprétation différente, une illusion d’optique bonifiante.

 

Parlez-nous de votre parcours?

Au départ de ma carrière, je travaillais essentiellement le vêtement. J’ai fait mes études au Studio Bercot au côté de Benjamin d’Erotokritos. La chaussure, j’y suis revenu pour finaliser mes silhouettes au bout de quelques années. Quand j’ai commencé à défiler, j’utilisais des chaussures de Christian Louboutin, de Benoit Méléard et de Michel Perry.J’ai commencé ma carrière en tant qu’assistant de Jean Colonna et comme attaché de presse pour Véronique Leroy et Sergio Rossi. Il était impératif pour moi de me faire un carnet d’adresses. J’ai participé et gagné le festival de Hyères en 97, c’est en quelque sorte le début de ma marque Gaspard Yurkievich. J’ai défilé pour la première fois en mars 98 avec des chaussures de Benoit Meleard.

 

Qu’est ce qui particularise le style Gaspard Yurkievich ?

Le style Gaspard Yurkievich est surtout déterminé par la ligne de prêt à porter. La chaussure est la traduction de l’esprit de la marque et représente la majeure partie de notre  chiffre  d’affaires. Les jeux graphiques, les découpes originales et les lignes des produits particularisent nos collections. Les ouvertures sont toujours harmonieuses car le pied fait toujours partie de la chaussure. Je suis très fier de la cambrure de mes chaussures, très juste qui permet aux femmes de marcher sur des talents hauts sans avoir mal au pied. Le bien aller de mes chaussures est un de mes atouts. Mes créations sont des chaussures à vivre et à séduire.

 

Quel est votre processus créatif ?

Je commence toujours par le salon première vision,  par une gamme de couleurs et des tissus qui m’inspirent. Je travaille tout d’abord sur une histoire qui va guider ma collection capsule pour le défilé. Je réalise mes silhouettes, puis mes chaussures. Les modèles de mes défilés constituent la base de mes collections que je décline en termes de couleurs et de talons pour créer une multitudes de modèles.

 

Quelle est votre politique tarifaire ?

Au départ, j’étais moins chez que mes concurrents d’environ 20%, mais les prix du marché ont baissé. Désormais, mes chaussures sont au prix du marché.

 

Pensez vous que le rapport des femmes à la chaussure soit différent de celui des hommes ?

Les femmes ont un rapport irrationnel à la chaussure. C’est une pièce maîtresse qui change la silhouette. La morphologie du corps ne rentre pas en compte dans l’acte d’achat. Elles arrivent à se projeter plus facilement avec une chaussure qu’avec un vêtement. Et, il n’y a donc pas de frein au plaisir. Pour les hommes le rapport est différent car l’offre est beaucoup plus réduite. Pour ma part, j’ai beaucoup de difficultés à trouver un producteur de chaussures homme qui répondent à mes critères d’exigences. Pourtant, quand je porte un de mes modèles, ils rencontrent un vif succès. J’étais à Soho à Londres dernièrement et les gens m’ont m’a arrêté plusieurs fois dans la rue pour me demander ou je les avait acheté . L’originalité chez l’homme est de plus en plus prisée. 

 

Qu’est ce qui différencie une belle chaussure d’ une très belle chaussure ?

Une très belle chaussure, c’est un produit qui a à la fois du corps et de l’esprit. Je suis généralement séduit par l’harmonie d’une construction et par la beauté d’une ligne. Une très belle chaussure est un produit intelligent avec une forte personnalité. .

 

Avez vous des muses ?

Non, plutôt des artistes ou créateurs que j’ admire. Il y a une notion d’héritage. Par exemple, j’adore les illustrations d’Antonio Lopez. Chaque saison, il y a un produit qui lui est dédié. En interne, on parle carrément de la Antonio Lopez touch.

 

Qu’est ce que vous aimez dans la mode ?

La mode est intuitive. Elle évolue sans cesse. Elle n’a pas besoin de justification. C’est l’œil de la cliente qui parle. Il n’y a pas de couleurs laides, juste un contexte et des associations.

 

De quoi êtes vous le plus fier ?

Je suis fier d’être toujours aussi enthousiaste dans un milieu difficile . Je suis toujours surpris par autant d’excitation à l’arrivée des collections. On se nourrit toujours de nouveautés avec la même histoire. La mode a des effets dopants.