ITW : Martine Leherpeur

ITW : Martine Leherpeur


 

 

Martine Leherpeur est une visionnaire. Elle a fait ses armes aux côtés de Denise Fayolle et Maïmé Arnodin chez Mafia, le premier bureau de style, qui a démocratisé la mode féminine. Depuis quarante ans, le développement produit dans la mode est son dada. Et pourtant elle n’a rien perdu de sa fougue et de sa passion. Rencontre avec une grande dame de la mode...

 

 

 

 

Parlez-nous de votre parcours...

Etudiante en pharmacie et biochimie, j’ai fait une rencontre capitale pendant mes vacances, celle de Denise Fayolle, la co-fondatrice de Mafia. Cette femme a changé ma vie. Sa vision de la mode me fascinait par la promesse qu’elle apportait à toutes les femmes : démocratiser le textile et les accessoires. Pourtant, rien ne me prédestinait à la mode et à la création puisque je suis issue d’une famille de médecins. Le stage que j’ai réalisé chez Mafia m’a fait prendre un virage radical. J’y suis restée dix ans et  j’y ai tout appris. Je suis fière aujourd’hui d’être l’héritière de Denise, même si les temps ont changé et que le contexte est plus difficile.


Comment aidez-vous les marques à surmonter la crise ?

Les marques ont besoin d’axes forts après une longue période de dilution, de se recadrer et de se recentrer. Uniqlo, dont on fait les louanges, en est la parfaite illustration. Ils réussissent en proposant des basiques de bonne qualité et en communiquant sur le prix et la fonctionnalité des produits. En ce moment, il y a un étonnant retour en arrière. Ceux qui gagnent sont ceux qui respectent leurs lignes de conduite. Des marques comme Bensimon en sont un bon exemple. Le marché n’en est pas moins dynamique : ces dernières semaines, trois clients sont venus nous voir pour créer de nouvelles marques.


Comment concevez-vous votre métier ?

Nous sommes des accompagnateurs, des médecins de la créativité. Nous essayons d’apporter à nos clients une vision à  360 degrés mais en travaillant avec leur filtre à eux. Les cahiers de tendances ne servent à rien s’ils ne s’adaptent pas aux clients à qui ils s’adressent. Derrière une marque se cache toujours une personne avec ses perceptions. Il existe un filtre personnel à chaque marque. Le filtre n’est autre qu’un langage commun parlé dans l’entreprise.


Que pensez-vous des tendances ?

Il y a une vraie dilution des tendances. Il faut choisir son camp, avoir une segmentation claire et savoir pourquoi on fait tel ou tel choix. Une marque de mode ne peut survivre sans créativité. 


Qui sont vos clients ?

Nous avons des clients sur tous les segments du marché : dans le luxe, dans la grande distribution mais aussi sur le segment moyen de gamme. Il n’y a pas de règle. 


Vous réalisez de nombreuses études. Pourquoi avoir choisi ce format pour communiquer ?

Les études sont pertinentes quand elles sont qualitatives et accompagnées de recommandations. Il faut toujours garder à l’esprit la transformation, rien ne sert d’avoir le ballon si vous ne marquez pas de but. C’est important d’être curieux et enthousiaste et de créer des ponts entre la mode, le design et les cosmétiques. 


Vous êtes implantés en Chine depuis six ans. Pensez-vous que cela soit un eldorado potentiel ?

La Chine est le marché de demain pour les marques chinoises. C’est la stratégie du win win mais seulement d’un côté. Le jour où ils n’auront plus besoin de moi, mes clients Chinois me quitteront. C’est un marché immense et compliqué avec 500 millions de personnes. Mon client Cache-Cache réussit très bien sur ce marché car il n’est pas prétentieux et que c’est un bon professionnel, mais ce n’est pas facile. Pour réussir en Chine, il faut être très sensé et  comprendre le filtre du pays.