Hélène Capgras est responsable du planning créatif pour le luxe et la beauté chez Martine Leherpeur Conseil. Elle nous présente avec passion le fonctionnement de son bureau de style et les outils de travail qu’elle met à disposition de ses clients.
Qu’est-ce qui fait l’originalité de Martine Leherpeur Conseil ?
Martine Leherpeur Conseil possède un double pôle marketing et création, comme le cerveau droit et gauche d’un seul homme. Pour nous, il est impensable de travailler l’un sans l’autre. Nous remettons un peu de marketing dans un brief créatif et du créatif dans un brief marketing. Nous avons toujours une double lecture, une double fonctionnalité, nous réalisons à la fois un travail de déchiffrage et de création. Le rendu délivré aux clients doit être inspirant et applicable immédiatement. Une de nos spécificités est également d’illustrer visuellement nos propos. En parallèle, nous avons été les premiers à réaliser des études générationnelles qui s’appuient sur des grands portraits de consommateurs. Contrairement à nos confrères, nous ne faisons pas de cahier de style car nous estimons qu’il n’y a que le sur mesure qui fonctionne.
Pour quels domaines travaillez-vous ?
Nous réalisons des prospectives qualitatives et de la veille sur des domaines aussi variés que la mode, l’architecture, le design, la beauté et le graphisme. Nous étudions également les styles de vie.
Accompagnez-vous également vos clients dans leur communication ?
Bien sûr, nous intervenons sur la redéfinition et l’expression esthétique ou marketing de la marque. Nous sommes amenés à résoudre des problématiques de positionnement. Nous réalisons souvent les briefs pour leur agence de communication ou leurs fournisseurs. Nous remanions leurs codes visuels ou nous établissons leurs cahiers des charges pour leurs nouveaux licenciés. Nous servons souvent d’interface entre les directions marketing et leurs prestataires free-lance. Nous nous adaptons à leurs besoins, nous les accompagnons : encore une fois, c’est un service sur mesure.
Qu’en est-il de la partie création ?
Nous créons des panoramas de tendances mode. Dernièrement nous avons travaillé pour une marque japonaise de montres. Pour les aider, nous leur avons fourni des panoramas de tendances sur la montre mais aussi le sur bijou. Nous avons dégagé 5 ou 6 tendances que nous trouvions pertinentes compte tenu de leur identité et de leur environnement marché. Généralement, le client s’approprie une ou deux tendances avec lesquelles il a des affinités pour créer l’histoire de sa collection. Mais notre rôle peut aller beaucoup plus loin, jusqu’à l’agenda d’implantation des collections ou la déclinaison de leur merchandising.
Qu’est-ce qui vous plait dans votre travail ?
Ce métier stratégique est finalement un travail assez affectif. Il faut respecter la stratégie qu’on a mis en place, la nourrir et la faire vivre. Il ne faut surtout pas figer les choses. Suivant les secteurs ou les segments du marché, les changements sont plus ou moins fréquents.
Comment expliquez-vous que la France soit l’un des seul pays à posséder des bureaux de style ?
Il y a deux raisons à cela : la première est historique, puisque le premier bureau de style, Mafia, a été créé à Paris en 1968. Tous les bureaux de style français revendiquent une filiation plus ou moins proche avec Denise Fayolle et Maïmé Arnodin. La deuxième raison, à mon sens, c’est que le travail de bureau de style est un métier très littéraire. C’est une analyse très latine de l’image : un mélange esthétique, narratif et prospectif. Cette aptitude fait partie de notre patrimoine et de notre savoir-faire.
Parlez-nous de vos séminaires et de vos trend-sessions.
Nous élaborons des ateliers de créativité sur mesure, des études sur des thématiques précises et des enquêtes consommateurs. Nous avons par exemple réalisé une étude sur les femmes de 50 ans à partir de tables rondes et de portraits intimistes. En parallèle, nous réalisons des trend-sessions. Nous décortiquons les défilés de couture et nous déterminons les grandes silhouettes de la saison que nous relions à des comportements mode. Bénédicte, la responsable des trend-sessions, a également travaillé sur les femmes de pouvoir et la stature des nouvelles conquérantes.
Comment votre bureau est-il organisé ?
Nous sommes une vingtaine de personnes à Paris et 2 à Shangai. Nos terrains d’actions sont l’Europe, la Chine et les Etats-Unis.
Comment les entreprises doivent-elles réagir face à la crise ?
Les entreprises doivent retravailler leur ADN, redéfinir leurs codes et leur histoire. Il est impératif de déterminer ses originalités. La crise a amené un peu de légèreté car le marché s’épure. Dans les cosmétiques par exemple, il y a moins de lancements produits. Il faut aussi qu’elles utilisent les nouveaux outils, comme le marketing social.
Parlez-nous de 21 lieux...
21 lieux est une sorte d’exposition sur la conception des lieux de commerce et sur la magie de l’habitat. C’est aussi une promenade dans la façon de concevoir les villes. J’ai travaillé sur 21 lieux dans le monde, des concepts archi-innovants ou des scénographies incroyables au Japon, en Chine, au Brésil, en Europe et au Moyen-Orient. C’est aussi une prospective multi-secteurs sur la façon dont on pense, conçoit, vit et rêve les lieux d’aujourd’hui. L’étude est nourrie de regards d’experts, de highlights de salon, d’images multi-pays.
Quel a été votre plus gros coup de cœur ?
Le concept cabane à Tokyo, un magasin immense avec une architecture incroyable, une segmentation pointue à la japonaise et un merchandising narratif faussement décontracté.