Rozalb DE MURA

OLAH GYARFAS, DE ROZALB DE MURA

 

OLAH GYARFAS EST LE CREATEUR DE ROZALB DE MURA, UN PERSONNAGE QU'IL S'EST INVENTE POUR CREER SES COLLECTIONS. CE CREATEUR ROUMAIN IMAGINAIRE REVISITE LES BASIQUES DU VESTIAIRE MASCULIN ET FEMININ DANS UN ESPRIT MINIMALISTE ET EN GARDANT LE SOUCI DU DETAIL. IL A AUSSI CRÉÉ UNE PLATEFORME MULTIDISCIPLINAIRE ENTRE CREATEURS DE MODE, ARTISTES VISUELS, MUSICIENS ET ECRIVAINS. UN DES TALENTS LES PLUS PROMETTEURS DE SA GENERATION.

 

 

BIO

Après une scolarité à l’université des Arts appliqués de Budapest, et sa participation au festival Design may à Berlin et à la fashion week roumaine à Lasi, Olah Gyarfas décide de lancer son label, Rozalb de Mura. Durant l’été 2006, l’organisation autrichienne le promeut « designer le plus créatif d’Europe de l’Est et d’Europe Centrale ».

 

Comment êtes-vous tombé dans le milieu de la mode ?

Ma mère était styliste dans le secteur de la mode enfantine et, depuis ma naissance, j'ai toujours baigné dans le vêtement, les tissus et les patrons. Dès mon plus jeune age, j’observais durant de longues heures les clients de ma mère qui essayaient ses dernières créations. J’ai toujours été fasciné par les transformations esthétiques et l’enthousiasme des gens pour la mode. Le vêtement, comme la sculpture, donne un sentiment de tridimensionnalité, de pouvoir. J’ai fait mes études aux Beaux-arts en Transylvanie, ma terre natale. Mon initiation à la peinture n’a fait que renforcer mon désir d’être styliste. Je me suis spécialisé dans le textile car la mode était pour moi quelque chose d’instinctif. Je savais que j’avais un potentiel, grâce à mon œil aguerri.

 

Quelles sont vos valeurs mode ?

C’est difficile de définir quelque chose d’aussi personnel. J’adore le minimalisme, mais paradoxalement, j’aime aussi ce qui est flamboyant, exubérant et tout ce qui s’inspire des années 1980. La collection de Rozalb de Mura mélange des coupes classiques et des idées avant-gardistes. J’aime la provocation  : les insertions audacieuses, les détails inattendus qui vont transformer une silhouette.

 

Existe une « mode de l’Est » ?

Oui, mais elle est inconnue à l’étranger. Il y a des jeunes talents – comme Lirfons de Moldova, Eva Nyri, Szidonia Szep, Je Suis Belle, Aleksandra Wisniewska, Tijana Pavlov, Igor Galas et bien d’autres – mais aucune infrastructure pour les aider à s’exporter. Pour les créateurs roumains et de l’Europe de l’Est, les grands rendez-vous de la mode sont inaccessibles financièrement. La compétition internationale est rude. Se développer durablement nécessite une formation en gestion, de l’imagination, des financements, des moyens humains, mais aussi un peu de chance. L’Europe de l’Est n’est pas une destination exotique, elle ne fait rêver personne. La plupart des designers d’Europe de l’Est se calquent sur ceux de l’Ouest. C’est dommage, car nous avons une culture riche et profonde. Pour réussir, nous devons redoubler de dynamisme, être plus agressif et avoir une stratégie sur le long terme. En un mot : être plus créatif.

 

Qui est Rozalb de Mura ?

Rozalb de Mura est un personnage fictif que j’ai inventé. Curieux, mystérieux, intemporel, mortellement ironique et cultivé, il peut voyager à travers le temps et l’espace. Je suis si absorbé par ce personnage que j’ai parfois du mal à voir limites entre la fiction et la réalité. La liberté de créer de nouvelles dimensions est plus excitante chaque saison.

 

Pourquoi ce nom ?

Rosalb signifie couleur pâle en roumain, et Mura, la mûre. Nous cherchions un nom de personnage avec une consonance qui fasse penser à une famille aristocratique ruinée et qui ait l’exotisme subtil de quelque chose de familier mais d’indéchiffrable, d’unique et de mémorable, à la fois roumain et étranger. Ce nom sonnait fort, bizarre et rugueux.

 

Méritez-vous votre réputation d’extraterrestre de la mode ?

Je ne suis pas un extraterrestre, mais cette idée me plaît ! Je vis dans une petite ville de Transylvanie, entouré d’un paysage de montagne où la vie est sereine et hors du temps. Etant très isolé, je me sens libre et affranchi des tendances, des « it » produits, et des couleurs.

  

Qu’est-ce qui vous inspire ?

Chaque fois que je commence une nouvelle collection, j’essaie de découvrir un endroit où je n’étais jamais allé. Le sentiment d’être totalement perdu dans un monde nouveau me pousse être plus créatif. Mes collections sont toujours construites autour d’un concept. C’est génial de se laisser guider par ses intuitions et des rafales d’inspiration. Mes sources sont multiples et inattendues : un visage étrange, un rire, une personnalité, une feuille, une jolie pièce, une couleur qui me hante. Ces détails se présentent à moi et attendent d’être exploités. La nature m’inspire beaucoup : les montagnes, les forêts des Carpates, les lacs recèlent de textures qui m’aident à trouver mes matières.

 

Qui rêvez-vous d’habiller ?

Alain de Botton, Charlotte Gainsbourg, Björk, Antony Hegarty, Alec Empire, Tilda Swinton, la liste est longue. Mais celle qui me fait vraiment rêver, c’est la chanteuse Sade. Elle est tout simplement sublime et elle a une voix magnifique.

 

Qui admirez-vous ?

Les gens avec qui je collabore, des artistes de tous horizons comme Olivia Mihaltianu, Liste Noire, Silly Conductor, Mikhail Karikis, Brazilian Girls, Roisin Murphy, Patrick Wolf, Loredana et le groupe Grimus. Ils ont tous, chacun à leur manière, un talent fou.

 

Croyez-vous aux vêtements mixtes ?

La mixité fait partie de l’ADN de Rozalb de Mura. C’est plus visible dans la collection homme, où j’ai essayé de transformer les basiques du vestiaire masculin en pièces désirables, qui rendent l’homme conscient de sa part de féminité. Mon objectif est de créer des collections hybrides empreintes d’une certaine fraîcheur, qui parlent aussi bien aux hommes qu’aux femmes.

 

Quelle est votre définition d’un joli vêtement ?

Une belle pièce raconte une histoire et  vous aide à être caméléon.

 

Que pensez-vous de Paris?

C’est vraiment la capitale de la mode. La fashion week parisienne est la plus influente du monde, car toutes les figures du milieu y participent. Récemment, j’ai réalisé une performance pour marquer la fin de l’année à l’Institut roumain de la culture à Paris, à l’Hôtel de Béhague. C’était l’endroit parfait pour présenter nos collections. Nous avons collaboré avec Bertrand Delanowave (Stuntrock Confusion) et Diane Pernet, la voix off du défilé. L’audience était sous le charme, et cela restera pour moi un moment unique.

 

En quoi avez-vous le plus confiance ?

En la nature.

 

Qui sont vos références chez les couturiers ?

Claude Montana pour ses silhouettes audacieuses, Gareth Pugh pour son style théâtral et son humour, les créateurs japonais comme Rei Kawakubo et Yohji Yamamoto, pour la pureté des lignes et leur maîtrise des matières innovantes.

Propos recueillis par L. D.